Les séparations, entre attraction et perte, séduction et renoncement, scandent le rythme de
la présence et de l’absence, tout au long de la vie, dans ses passages, ses aléas et ses
désordres, dans ses rencontres et ses miracles. L’expérience de séparation s’ancre aux
commencements et s’arrime à leurs destins : pas de début sans, à l’horizon, l’ombre de la
finitude. Entraînées par la masse d’affects tristes, nostalgiques voire mélancoliques, figées
par l’angoisse de l’éloignement et de la mort, les séparations risquent d’être essentiellement
saisies dans le halo du désespoir ou du traumatisme. On en oublierait presque la
détermination constructive, indispensable à tous les processus de différenciation : qu’ils se
déclinent entre dedans et dehors, réalité psychique et réalité matérielle, moi et autre,
masculin et féminin, ils trouvent dans l’expérience de séparation et dans les représentations
qu’elle se donne, un support fondamental riche de toutes les potentialités de changement.
La sexualité - dont l’étymologie appelle à la fois « secare, couper-diviser » et « sequi,
accompagner » - ordonne la dynamique de la vie, en soutenant les mouvances pulsionnelles
dans leurs entrelacements libidinaux et agressifs. L’amour et la haine, la nécessaire
ambivalence qu’ils déploient, s’organisent chaque fois autour de scènes d’union et de
séparation parce qu’elles condensent, rassemblent ou animent le désir et l’interdit, la
satisfaction et l’abandon. La clinique analytique, comme la métapsychologie, dessinent des
configurations plurielles et singulières qui en dévoilent les écueils et les conquêtes.
Au coeur du développement psychosexuel, aux différentes périodes de la vie, mais aussi
insistantes dans leurs traductions pathologiques, la séparation occupe une place centrale
dans les traitements psychiques : c’est bien l’alternance de la présence et de l’absence des
deux partenaires de la cure, son action et sa répétition qui en permettent la reviviscence
dans le cours du transfert.