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La CIPPA remercie la fondation Costa de Beauregard pour son soutien.

Bernard Golse
Extraits de « L'autisme infantile en 2006 : entre neurosciences et psychanalyse »

In Psychanalystes, qui êtes vous ? Dir. Roger Perron, InterEditions, Paris, 2006, p. 183-184

Désormais, le service de pédopsychiatrie de l'hôpital Necker-Enfants malades fonctionne comme l'une des cinq unités d'évaluation du centre Ressource Autisme Ile-de-France (CRAIF) nouvellement créé, et à ce titre la consultation « Autisme » de notre service (animée par Laurence Robel) et l'unité de jour travaillent en étroite collaboration avec le service de neuro-imagerie du site (Pr. Francis Brunelle).

Certains des enfants évalués dans notre service font ainsi partie de la cohorte d'enfants étudiés en IRM par Monica Zilbovicius, Nathalie Boddaert et coll.

Nous voudrions alors tenter de montrer dans quel raisonnement d'ensemble s'intègrent leurs résultats qui ont défrayé la chronique au cours de l'été 2004 et qui, sans conteste, ont été mal interprétés et exploités de manière excessivement simpliste par les médias et par certaines associations de parents d'enfants autistes.

Ces résultats en neuro-imagerie fonctionnelle prennent, en effet, leur place dans une approche conjointe, neurobiologique et psychopathologique, de la pathologie autistique ; approche conjointe qui nous semble très spécifique du site Necker-Enfants Malades où émerge à l'heure actuelle, ce dont il faut se réjouir, un véritable pôle transdisciplinaire autour des troubles du développement neurologique et psychique.

Ce que nous aimerions faire sentir, ici, c'est donc la manière dont ces résultats dans le domaine de la neuro-imagerie s'intègrent dans notre réflexion sur la psychodynamique des états autistiques ; c'est-à-dire, faire sentir l'état de la réflexion qui existe actuellement à Necker-Enfants Malades quant à l'articulation entre neurosciences et psychanalyse en matière d'autisme infantile et quant à une vision plus unifiée de cette pathologie si douloureuse.

Bernard Golse « Convergences neuropsychanalytiques : intérêt et limites » p. 187-189

Il importe tout d'abord de montrer que ces résultats de neuro-imagerie ne nous gênent en rien, en tant que pédopsychiatres et psychanalystes d'enfants, et qu'ils permettent, au contraire, une certaine convergence entre les données des neurosciences et celles de la psychanalyse en matière d'autisme infantile, avec l'émergence désormais possible d'une vision relativement unifiée de cette pathologie.

Nos propositions, formulées dans le cadre du programme de recherche PILE (Programme international pour le langage de l'enfant) que nous codirigeons à Necker avec Valérie Desjardins peuvent alors être condensées de la manière suivante :

  • Il n'y a pas d'accès possible à la communication et au langage verbal sans accès à l'intersubjectivité.
  • Il n'y a pas d'accès possible à l'intersubjectivité sans comodalité perceptive, d'où l'importance de la tétée comme « situation d'attraction consensuelle maximum », selon D. Meltzer.
  • Il n'y as pas de comodalité perceptive possible sans la voix de la  mère, le visage de la mère et le holding de la mère comme organisateurs de cette comodalité perceptive, d'où l'importance de la dynamique fantasmatique maternelle inconsciente et l'impact délétère des dépressions maternelles et de l'expérience du « still-face » sur les processus de comodalisation.

Le STS (sillon temporal supérieur de l’écorce cérébrale) semble être l'un des lieux importants de l'agencement cérébral de la comodalité perceptive, d'où son importance centrale soit comme lieu de dysfonctionnement primaire, soit comme maillon intermédiaire du fonctionnement autistique.

Ces études de neuro-imagerie plaident en faveur d'une validation expérimentale du « processus autistisant » conceptualisé par J. Hochmann.

On sait l'efficacité des antidépresseurs même en cas de dépression exogène réactionnelle, car à fonctionner trop longtemps en régime de deuil, se créent les conditions biochimiques de la dépression. De la même manière, à fonctionner trop longtemps hors comodalité perceptive, peuvent peut-être se créer les conditions cérébrales de l'organisation autistique et, peut-être, les modifications du sillon temporal supérieur qui sont aujourd'hui décrites en IRM fonctionnelle.

De manière un petit peu provocante, enfin, nous dirions volontiers que la psychanalyse avait raison et que les neurosciences le prouvent, ce qui nous permettrait d'éviter ainsi, en tant que psychanalystes, une mentalité d'assiégés aujourd'hui tout à fait stérile.

Mais ce type de démarche unificatrice reconnaît aussi des limites, et c'est ce par quoi nous conclurons ces quelques pages.

La pathologie autistique, de l'avis de tous, psychopathologues comme neuroscientifiques, apparaît aujourd'hui comme fondamentalement hétérogène et composite.

Isoler le sillon temporal supérieur pour en faire le lieu d'un mécanisme intermédiaire important du déterminisme de l'autisme (via un dysfonctionnement de type neurodéveloppemental), ou même le lieu de l'inscription cérébrale d'éventuels désordres interactifs interdisant au sillon temporal supérieur de se structurer de manière convenable, comporte à l'évidence, une certaine dimension réductrice.

Il n'y a pas de vie psychique sans risque de folie ou de souffrance et la pathologie autistique nous confronte massivement aux racines de l'humanitude.

De ce fait, elle est certes handicapante, mais elle est loin de n'être qu'un simple handicap dont le soubassement neurologique et cérébral serait aussi simplement localisable.

Méfions-nous donc des simplifications abusives qui risqueraient de nous empêcher d'entrer dans la description sémiologique, psychopathologique, métapsychologique et phénoménologique fine des troubles autistiques.

Personne n'y gagnerait quoi que ce soit : ni les chercheurs, ni les cliniciens, mais ni les enfants ni leurs familles non plus.

Psynem, Service de pédopsychiatrie de l’hôpital Necker-Enfants malades
149 rue de Sèvres, 75015 Paris
psynem@necker.fr