Tribune Libération des professeurs B. Golse, président de la Cippa, et Marie-Rose Moro

En dix ans, le nombre de professionnels s’est réduit de moitié et la durée d’attente pour un premier rendez-vous dépasse parfois les dix-huit mois. Alors que la santé mentale de l’enfant est érigée en priorité, la discipline est à l’abandon.

Communiqué de la CIIPA reprenant la tribune de Bernard Golse

La CIPPA, Coordination Internationale entre Psychothérapeutes Psychanalystes et membres associés s’occupant de personnes Autistes présidée par le professeur Bernard Golse, chef de service de pédopsychiatrie de l’hôpital Necker-Enfants malades, se félicite de la visite du président de la République Emmanuel Macron au CHU de Rouen à la veille de l’annonce du 4ème plan autisme.

Cette annonce tant attendue par les personnes autistes, les familles et les professionnels après de longs mois de consultations, ne doit pas cacher la crise qui parcoure la pédopsychiatrie française, abandonnée depuis trop longtemps. Or, aucun plan autisme ne pourra être efficace sans un nouveau regard sur cette spécialité sinistrée et des mesures fortes. Sans pédopsychiatre, il n’y a ni dépistage ni prise en charge précoce.

C’est pourquoi nous nous associons aux mots du Professeur Bernard Golse issus d’une tribune dans Libération : « Si la priorité est à une prise en charge précoce, elle devient malheureusement trop souvent impossible. Dans certains départements, il n’y a plus de pédopsychiatre et dans d’autres, la durée d’attente pour un premier rendez-vous dépasse les 18 mois. Durant la dernière décennie, le nombre de pédopsychiatres s’est réduit de plus de moitié. »

Cette crise menace l’égal accès des citoyens les plus vulnérables aux soins. Ainsi, comme le rappelle le Professeur Bernard Golse : « Les inégalités territoriales et sociales ne cessent de s’accroitre et l’accessibilité à des soins de qualité est fortement compromise... La pluridisciplinarité est notre fondement pour une prise en charge optimale. Le travail des infirmières, des éducateurs, des orthophonistes, des psychologues, des psychomotriciens, des assistantes sociales et de bien d’autres encore, est primordial. Pourtant, faute de moyens, de personnels et de formations, ce plateau technique se trouve trop souvent réduit à un strict minimum insuffisant. »

« Si l’activité a augmenté de près 80% durant les dernières décennies, les moyens eux n’ont progressé que de 5% » poursuit le président de la CIPPA. La politique de l’autisme ne pourra réussir que si elle est accompagnée d’une politique volontariste ambitieuse de relance de la pédopsychiatrie.

Enfin, nous rejoignons le Professeur Bernard Golse quant à la problématique de la recherche en pédopsychiatrie qui rejoint également celle de l’autisme : « elle ne saurait se résumer aux seules recherches neurobiologiques ou génétiques (essentielles mais insuffisantes) mais elle doit aussi inclure des recherches dans le domaine de l’épidémiologie et des sciences humaines afin de permettre aux cliniciens de terrain de bénéficier concrètement des avancées de ces recherches ». C’est pourquoi nous militons pour la création d’un institut du neurodéveloppement afin de piloter les recherches dans le champ de l’autisme. L’institut Imagine dédié aux maladies génétiques doit être un modèle.