Enigmes de la douleur... Lettre n°2

POURQUOI « la douleur » est-elle un thème d’actualité ?

NEWSLETTER n° 2 : pour préparer votre venue au colloque de Lyon énigmes de la douleur et du plaisir chez le bébé …et après 15-16 novembre 2019

La suite de la « promenade-amorce, non-exhaustive relevée au fil de l’eau de la préparation de ce colloque » par Joëlle Guglielmi-Rochette (voir NEWSLETTER n°1), ne sera pas une flânerie tranquille !

Énigmes de la douleur et du plaisir chez le bébé́ ...et après, Lyon les 17 et 18 janvier 2020 (la date a été changée)

Lettre numéro 2. 30/10/2019

L’hypothèse de douleurs du « troisième type » - car logées ni strictement chez le sujet, ni dans son environnement - c’est-à-dire de DOULEURS INTERSUBJECTIVES, ou de CODOULEURS, commence à s’envisager dans plusieurs champs épistémiques, tel que la psychopathologie clinique de la dyade adulte/bébé, les recherches dites « translationnnelles » en biologie, neurosciences, anthropologie, philosophie des sciences… J’avais proposé un relevé non exhaustif mais déjà fournis de ces arguments transdisciplinaires en constante extension. (Voir dans la publication est en cours des actes du colloque d’Avignon 2018). Le lecteur curieux pourra donc parcourir ces liens. L’idée est que l’édification somato-psychique du sujet bébé passe par les aléas de cette composante ontologique d’appartenance « active-participative », « d’appartenance inférante » à un groupe humain. Piera Aulagnier parle de la contrainte à investir (autrui) qui qualifie l’être
humain. J’ajoute, en transitivité, la contrainte vitale à être investi, à être suffisamment bien investi, à se faire bien investir. L’enjeu du sujet en devenir serait bien « d’être et de rester l’agent des états mentaux des parents, d’être au coeur des schèmes de la pratique, du vivre ensemble (Ph. Descola). On concédera, dès lors, que l’agentivité précoce n’attend pas le langage verbal pour se mettre en place mais est bien là, dés les premiers gestes de parentage ! (Voir aussi dans le programme du vendredi l’exposé de Nicolas Georgieff sur les révisions d’une théorie de l’esprit qui s’était construite sous l’hégémonie aujourd’hui désuète, du « tout verbal »). Le partage, logique et rythmé, d’inférences avec les familiers « bien au courant », que sont les objets primordiaux, est aussi essentiel que les grands besoins physiologiques, et ne se réduit aucunement à la seule théorie de l’attachement. La détresse du bébé « ostracisé » par le « still face » maternel ou encore les bébés « choqués » (shoked babies !) par l’absence d’éthique de leurs expérimentateurs qui montrent des scénettes a-morales (la composante d’anti-socialité versus la coopération joyeuse serait reconnue dans des petites scènes de marionnettes dès 5 mois ! voir newsletter 1), en donne de spectaculaire démonstration ! Le paradigme de l’ostracisme (voir l’excellent article synthétique de Cursan et all ), douleur, robuste, résistante à toute atténuation, à partir de « presque rien », une simple exclusion lors d’un jeu de balle (« cyber ball »), conduit le psychanalyste « développementaliste », comme l’histo-physiologue avisé, aux confins des
mécanismes mémoriels, des mécanismes d’adaptation sociaux, de l’épigénétique, et d’un narcissisme primaire revisité. Si la douleur a des fondements intersubjectifs, la consolation sans doute aussi. Les anges de Giotto, diffractions groupales d’une gamme émotionnelle qui n’a de valeur qu’à être partagée, ici, là-bas et dans la chapelle des Scrovegni à Padoue, en donne une vision iconographique.

Rochette-Guglielmi J., 2014 « Le nouveau bébé du désordre épistémique : entre psychanalyse développement et
neurosciences », in Monographie de la Revue Française de Psychanalyse, Le Bébé en Psychanalyse (dir.) Boubli M.,
Danon-Boileau L., PUF, Paris ___2016 a. « Le bébé agent des états mentaux d’autrui », in Spirale 76, Le bébé des
neurosciences (dir) Dayan J., Toulouse, Erès___2016 b. « L’empathie « mutuelle » au coeur de l’expérience précoce :
la douleur de l’incompréhension et le sens moral chez le bébé » in L’empathie dans la relation de soin, (dir) Dugnat M.,
Toulouse, Erès ___ 2018, « Souffrance identitaire au sujet du genre et subversion théorico-clinique », in Corps et
Psychopathologie dir. Fabien Joly, Marc Rodriguez, In Press, Paris
Cursan, Anthony, Alexandre Pascual, et Marie-Line Félonneau. « L’ostracisme. Avancées scientifiques sur la
thématique d’une menace quotidienne », Bulletin de psychologie, vol. numéro 551, no. 5, 2017, pp. 383-397.

https://www.francoisloth.com/les-neurosciences-et-le-sentiment-de-libre-arbitre/
La douleur sociale fait aussi mal – psychopium
https://www.psychopium.com/?p=802
ihttps://mobile.lemonde.fr/sciences/article/2018/06/11/stimuler-son-cerveau-pour-combattre-la-douleur-lepari-
de-maryne-cotty-eslous_5312831_1650684.html?xtref=https%3A%2F%2Fwww.google.com%2F

 

 

 

 

En effet la douleur dérange, indispose mais elle est aussi dans son expression crue (pleurs, lamentations, protestations) un « signal », un indicateur d’une situation exceptionnelle.
Comme le souligne Didier Cohen-Salmon que nous citons (voir extrait ci-dessous) l’éradication des phénomènes douloureux par l’usage d’antalgiques, n’annule pas la charge violente du "soin douloureux".
A. Boissel nous montera la complexité du repérage de « ce qui fait signal » chez ces nouveaunés hyper-néotènes que sont les grand-prématurés) et Nicolas Mathevon parlera d’une sémiologie des pleurs du bébé (voir lien vidéo dans la LETTRE 1)

 

La vidéo est disponible et peut être vue depuis https://vimeo.com/336050241

(cliquez sur le lien pour voir la vidéo)

https://youtu.be/RNwbWx268F8

DIDIER COHEN -SALMON Présentation du film : Soins douloureux en pédiatrie., avec ou sans les parents ? in D. Davoux et all L’éthique à l’épreuve des violences du soin (extrait) SPARADRAP www.sparadrap.org, DV 12.
« Nous avons souhaité́ réaliser un film afin de promouvoir la présence des parents à l’occasion des soins douloureux en pédiatrie. On peut schématique- ment dessiner deux attitudes lorsque l’on souhaite changer les pratiques au moyen d’un film. La première consiste à̀ proposer une oeuvre de dénonciation. On peut citer ici le film des époux Robertson : Enfants en pouponnières demandent assistance ; ou encore, dans les années 1980, le film d’Annie Gauvain-Piquard : Ces enfants trop calmes, qui s’intéressait à la douleur des enfants cancéreux. La
méthode aspire bien souvent à̀ occasionner un choc, pour bannir des pratiques dont on ne veut plus. Nous avons choisi la seconde attitude, qui mise sur un film de formation ou de proposition. Nous y montrons les façons de faire qui nous paraissent les plus désirables, en espérant que des comportements d’imitation les généraliseront. Effectivement, notre film a induit des changements. Souvent, ceux qui l’ont regardé́ nous affirment qu’il est violent. Pourquoi peut-on parler de violence ? Pour quelle raison va-t-il causé des évanouissements ? Il semble bien que la violence ressentie soit d’autant plus forte que l’expression de la douleur est gommée. En effet, le recours aux antalgiques est systématique. On peut affirmer que ces antalgiques jettent une lumière crue sur la violence intrinsèque aux gestes de soin. Avouons qu’il y a matière à réflexion : le soin, sans la douleur, manifeste toute la violence qui lui est propre. C’est comme si la dramaturgie de la douleur nous éloignait de la réalité́ de cette violence. Disons que le film permet de toucher à la réalité́ du soin telle qu’elle est. Heureusement, sur le plan historique, la violence du soin a produit la lutte pour éliminer cette violence, avec quelque retard il est vrai. Les techniques d’antalgiques dont nous disposons sont très efficaces (protoxyde d’azote, saccharose, anesthésie locale, recours aux crèmes anesthésiantes...). Notre film s’attache plutôt à l’effort d’amélioration de l’environnement psychologique et relationnel des enfants que nous
soignons. Pour y parvenir, nous nous attachons à̀ permettre la présence des parents. Elle est aussi nécessaire aux enfants qu’aux parents. Un film comme le nôtre court le risque de montrer du trop bien, du trop fort, du trop bon, ce qui est un risque. (…) Désormais, on sait que plus la présence des parents est effective dans un service, plus elle devient désirable. (…) Mais là comme ailleurs, la fin, même juste, ne justifie pas tous les moyens. Les moyens mis en oeuvre doivent être en harmonie avec le but poursuivi. C’est pour cela qu’on ne saurait négliger la douleur induite par le soin, et, surtout, la détresse morale du malade et de ses proches. Le patient perçoit, à tous les âges, avec une grande acuité́ , l’attitude intérieure du soignant. Stanislas Tomkiewicz
a fait apparaitre, dans le film, le rôle de la lenteur. Les soignants, délivrés des conséquences douloureuses des gestes de soin, peuvent prendre davantage de temps. En prenant davantage de temps, ils font attention à̀ ce qu’est la personne malade. L’espace de la lenteur ouvre la possibilité́ d’une attention à l’autre plus aiguë. Audelà̀ de l’antalgie, elle modifie les conditions même du soin, sa perception et son retentissement psychologique. »

Didier Cohen-Salomon

Nous ouvrirons le Samedi (deuxième jour du colloque) la question des effets iatrogènes du soin en d’autres termes de ce qui est fait « pour le bien du patient mais qui peut aussi lui nuire ». L’obstétrique « moderne » a largement bénéficiée des pratiques analgésiques, pour autant l’accouchement « sans douleurs » estil pour autant exempt de violence ? (P. Deruelle). Le « sur-diagnostic prénatal » lors des échographies répétées n’est-il pas en même temps qu’un progrès, une source de douleur
et d’anxiété, notamment lors d’annonces trop hâtives, et finalement erronées d’anomalies foetales, de catastrophe (faux positifs) ? (S. Viaux) Les nouvelles questions éthiques autour
d’anticipations procréatives « douloureuses » (comme ces demandes de vasectomies chez de jeunes hommes, comme les congélations de gamètes, hors pathologies médicales et
bien d’autres) viendront aussi en illustration d’une certaine iatrogénie des progrès de la technique (JF Guérin).

Précédemment le VENDREDI dès l’ouverture du colloque la part belle sera donnée à L’ANTHROPOLOGIE voici le résumé de Natacha Collomb :

Interpelée pour dire quelque chose sur le bébé en tant qu’anthropologue dans le contexte du colloque à venir portant sur les énigmes de la douleur et du plaisir, l’association la plus immédiate et impérative a été de dire quelque chose de la douleur … de la perte… pour les parents de bébés !
Tout part d’une indignation double : La première vient d’un présupposé qui circule très abondamment parmi les professionnels, chercheurs et/ou cliniciens, psychologues, anthropologues, sociologues…, selon lequel il existerait un rapport inversement proportionnel entre la mortalité infantile et l’attachement aux bébés. Moins individués, moins humanisés, parce que plus susceptibles de disparaître rapidement, ces bébés seraient aussi moins aimés, moins désirés. Il me paraît souhaitable de questionner, non seulement épistémologiquement, mais aussi empiriquement, ce lien de causalité. C’est ce que font, par exemple, l’historien Jacques Gélis dans un article à paraître dans lequel il mentionne le texte écrit au XVIème siècle par un père endeuillé de son bébé, et l’anthropologue Joël Noret qui rend compte de deux rapports inverses à la perte dans deux contextes durement frappés par la pauvreté et la mortalité infantile, le Nordeste brésilien et le pays papel en Guinée-Bissau (2009).

La seconde indignation, fortement corrélée à la première, en précisera les contours. Elle concerne la manière dont les sciences sociales, attachées légitimement à la dimension sociale/culturelle des affects, effectuent un saut logique qui me demeure énigmatique entre ce qui relève de traitements coutumiers du deuil et de représentations partagées du bébé et ce que serait l’expérience vécue des personnes singulières confrontées à la mort d’un tout-petit, lui aussi singulier. Je suis (presque) persuadée, comme l’exprime très bien, après d’autres mais directement sur le sujet qui m’occupe ici, Joël Noret, qu’on peut postuler qu’il n’y pas de solution de continuité rigide entre le psychique et le social/culturel, ce dernier donnant
vraisemblablement forme aux affects eux-mêmes, et pas seulement à leur expression (du côté de la psychologie, le postulat est peut-être inverse, mais l’idée générale d’une interpénétration est plus facile à admettre que la primauté temporelle et logique de l’un sur l’autre à prouver).
Cependant, un rapport d’inférence direct est trop facilement opéré entre le traitement rituel, ou son absence, de la mort des bébés, les manifestions, ou leur absence, de chagrin, et l’existence, ou non, de sentiments d’affection pour un être trop rapidement et trop facilement postulé comme ontologiquement infra-humain ou n’ayant pas encore atteint le statut de personne. En résumé, ce serait parce que le bébé n’est pas pleinement humain et/ou une personne que ses parents ne porteraient pas le deuil à sa mort (pour une déclinaison fine et située de cette hypothèse, voir l’article de Nancy Scheper- Hugues, 1985). La proposition ne pourrait-elle pas être utilement bousculée : l’absence (ou l’économie) de traitement rituel comme les représentations (culturelles) du bébé comme sujet mineur ou inachevé, n’auraient-elle pas une valeur performative : celle de fabriquer les conditions rendant possible une expression, et même peut-être un vécu, minimisés (et donc supportables ?) du chagrin ? Ne conviendrait-il pas, en contrepoint de l’observation des rites funéraires et du recueil des discours, de décrire, justement, les interactions singulières de parents singuliers avec leur singulier nouveau-né puis bébé ?
En l’absence de telles descriptions, aussi fines que celles qu’ont pu réaliser, par exemple, esther-bickiens, et autres picklériens, mais aussi psychologues du développement, est-on en droit de postuler que ce qui peut se montrer et se dire (ce qu’il est culturellement admis de montrer et de dire) à la mort d’un bébé parle aussi de la nature et de la forme de l’attachement au
bébé vivant ?
Ce sont finalement les relations qui demeurent mystérieuses, comme le bébé lui-même, entre psychique et social qui sont ici en cause, et il me semble qu’un postulat universaliste et humaniste minimal, mais aussi une épistémologie du connaissable sont indispensables à l’exploration de ces relations qui semblent, peut-être à tort, d’autant plus complexes à explorer que le
langage verbal n’est pas à même de les exprimer et de les interpréter, comme chez le bébé.
Ces questions et bien d’autres seront à l’ordre du jour du Colloque de Cerisy (du 20 au 27 septembre 2021) co-organisé par Mickaëlle Lantin-Mallet (anthropologue), Drina Candilis (psychologue et psychanalyste), Michel Dugnat (pédopsychiatre) et moi-même auquel participeraient Jacques Gélis, François Ansermet, Maya Gratier, Emmanuel Devouche, Joëlle Rochette, voire Luc Boltanski…

Gélis, Jacques, communication personnelle, à paraître.
Godelier, Maurice. Corps, parenté, pouvoir(s) chez les Baruya de Nouvelle-Guinée, Journal de la Société des océanistes, 94, 1992- 1. pp. 3-24.
Gottlieb, Alma Where Have All the the Babies Gone? Toward an Anthropology of Infants (and Their Caretakers) Anthropological Quarterly 73 3 2000, p. 121-132.

Noret Joël, « Perdre un bébé, une mort insoutenable ? Quelques remarques d'anthropologie comparative », Études sur la mort, 2009/2 (n° 136), p. 137-148. DOI : 10.3917/eslm.136.0137. URL : https://www.cairn.info/revue-etudes-sur-la-mort-2009-2-page-137.htm

Razy, Élodie, « Bébés de l’anthropologie, anthropologie des bébés ? Une longue quête si nécessaire », L'Autre, 2019/2 (Volume 20), p. 131-142. DOI : 10.3917/lautr.059.0131. URL : https://www.cairn.info/revue-l-autre-2019-2-page-131.htm

Scheper-Hughes, Nancy, « Culture, Scarcity, and Maternal Thinking: Maternal Detachment and Infant Survival in a Brazilian Shantytown », Ethos, Vol. 13, No. 4 (Winter, 1985), pp. 291-317 ; URL: https://www.jstor.org/stable/640147

https://www.canal-u.tv/video/smm/toilettes_d_enfants_au_laos_ban_nakham_province_d_oudomxay.15707

 

Bernard Duplan Rhumatologue, Algologue, Chef de service à l'hôpital Reine Hortense du CHMS (Centre Hospitalier Métropole Savoie) Docteur en psychologie Université Lyon 2, Chargé d'enseignement à l'université Lyon 2, nous propose « la dimension de douleur inopinée ». Littéralement « nonaquiessable » ! En tant que somaticien et psychopathologue il discutera la conférence du Professeur F. Mauguière

http://fondation-apicil.org/nos-projets.php?Page=Projets&categorie_id=21&article_id=84

https://www.leprogres.fr/sante/2011/02/18/reconnaitre-un-mechant-une-question-de-survie-pour-notre-cerveau

La douleur chez le bébé peut être abordée par la pensée en tant que phénomène, phénomène appartenant à la nature.

Si l’ambition d’acquérir une connaissance scientifique de la douleur requiert de l’isoler, de la décomposer en l’analysant, celle de la soigner, de la penser, interdit d’ignorer qu’elle est portée par ce bébé déjà inséré dans un environnement, avec lequel il se trouve dans une interaction permanente et déjà susceptible de divers avatars. De fait, la douleur se présente ordinairement à nous dans l’espace de la culture et toute tentative de penser la douleur sera nécessairement prise dans cette tension entre les champs de la nature et de la culture, comme Claude Lévi-Strauss
ne cesse de nous le rappeler dans ses différents écrits d’anthropologie structurale. C’est dans cette perspective de tension entre ces deux champs épistémologiques que ce colloque souhaite considérer la problématique de la douleur comme une approche et une tentative de compréhension des processus somatopsychiques à l'oeuvre chez cet « être bébé », confronté à une douleur de tout ou partie de son corps.
C’est au travers du prisme de différentes sciences humaines que seront être abordés les enjeux de ces questionnements épistémologiques et notamment différentes questions qui se posent alors : que peut vivre le bébé lors de son passage de l’état sans douleur à l’état douloureux, en particulier quand cette sensorialité désagréable survient de façon inopinée, dans l’impréparation qui caractérise le traumatisme ? Comment aborder celui-ci au plan théorique ? Quelles fonctions les divers processus somatopsychiques mis en place de façon réactionnelle exercent-ils
au sein de l’appareil psychique de ce sujet, en regard de ce processus (de devenir) algique ? Comment peuvent-ils avoir, ou ne pas réussir à avoir, une fonction de processus (de devenir) antalgique ? Et dans quelles modalités de lien avec l’environnement maternel primaire ?
Le bébé souffrant de douleur ne peut plus être considéré comme simple porteur d’un symptôme à valeur négative ou déficitaire qu’il convient d’éradiquer de manière interventionnelle et prescriptive, selon une approche antalgique quelque peu solipsiste et abordant avec peine son identité subjective. Si la douleur est abordée et traitée le plus souvent par la pensée médicale actuelle selon un principe de causalité linéaire, sans doute dans une tentative de simplifier et de morceler sa grande complexité, il semble nécessaire de se dégager d’une dimension purement phénoménologique, en introduisant une dimension dynamique dans cette problématique.

R. Minjard, B Duplan,, identité, Douleur aiguë; traumatisme, Douleur Analg, 31 4 (2018) 223-2

QUANT à MICHEL DUGNAT, IL ouvre une fenêtre sociétale et NOUS INVITE déjà POUR LA SUITE …. (À vos agendas)

Bonne nouvelle ! Le rythme et les temporalités sont une source de plaisir, souvent, et de douleur, parfois, pour le bébé et ceux qui l’environnent.

Dans sa somme : Accélération : une critique sociale du temps (2010), à lire de préférence dans la version accélérée Aliénation et accélération (2012), Harmut Rosa, sociologue allemand successeur remuant d’Axel Honneth (théoricien de la reconnaissance) et de Jürgen Habermas (théoricien de la communication dans les sociétés démocratiques) au sein de l’École de Frankfurt et de la Théorie critique, annonçait que même les oasis de décélération ne parviendraient pas à répondre aux effets délétères de l’accélération généralisée.

Une autre somme propose une solution, celle de la Résonnance (2018).

La vie bonne, question pour Rosa trop souvent laissée à la psychologie ou la philosophie, peut selon lui être abordée grâce à une sociologie rigoureuse de la relation au monde.

Il définit ainsi la résonnance : « un rapport cognitif, affectif et corporel au monde dans lequel le sujet d’une part est touché (…) jusque dans ses fondements neuronaux par un fragment du monde et où, d’autre part, il ‘répond’ au monde en agissant concrètement sur lui, éprouvant ainsi son efficacité. La résonnance apparait ainsi comme le résultat de la satisfaction d’un besoin relationnel ouvert quant à son contenu… « 

Ces quelques lignes suffisent, me semble-t-il, à faire sentir à tous les périnatalistes à quel point la lecture critique de cet ouvrage, qui parle à la fois du sapiens en général et du bébé sapiens en particulier (p.187), est à la fois importante et urgente (Avignon 2020).

Car, contrairement à ce qu’on pourrait craindre, le terme de résonnance ne désigne en rien une harmonie idéale et potentiellement totalitaire, mais bien plutôt une situation relationnelle et un moment non permanent, possible parmi d’autres, et porteur de contradictions. On peut difficilement s’empêcher de penser à l’accordage sternien et à la fréquence des interactions « ratées » tronickiennes, ce qui porte à espérer des (re)lectures croisées de ces trois auteurs (Cerisy 2021).

L’ambition, avec la résonnance, d’une relation reliée se dialectise pour Rosa avec l’aliénation, relation au monde sans relation, à la fois indispensable et réductrice… Quand le lecteur critique aura surmonté sa répulsion pour quelque chose qui peut dans un premier temps apparaître comme une variante savante de la psychologie dite positive, il pourra trouver dans cet ouvrage qui fera date quantité d’échos féconds avec la périnatalité, sa temporalité et ses rythmes, ainsi qu’une invitation à relire autant Le moment présent en psychothérapie que Les formes de vitalité. Pour toutes ces raisons, on pardonnera quelques approximations fâcheuses et une certaine fascination (datée) pour les neurones miroir, et on se réjouira que faute d’avoir ramassé dans un deuxième ouvrage sa thèse dans une version plus accessible, Rosa ait ouvert au débat en répondant (p. 511-526) aux sceptiques en soutenant qu’au-delà de la modernité comme catastrophe de la résonnance, il est possible de défendre une autre façon d’être au monde et donc une autre forme de relation au monde. C’est ce que nous expérimenterons peut-être ensemble dans le beau colloque organisé par Joëlle Rochette : ralentissement autour des parents pour répondre aux besoins relationnels des bébés, découverte de stratégies nouvelles pour les soignants à risque de burn out, respect des rythmes des uns et des autres.

https://arip.fr/colloque-2020/

Candilis-Huisman Drina, Dugnat Michel, Bébé sapiens. Du développement épigénétique aux mutations dans la fabrique des bébés. ERES, « Questions d'enfance », 2017, 480 pages. ISBN : 9782749256115. URL : https://www.cairn.info/bebe-sapiens--9782749256115.htm

-Hartmut Rosa, Aliénation et accélération. Vers une théorie critique de la modernité tardive, La Découverte, coll. « Théorie critique », 2012, 154 p., ISBN : 978-2-7071-7138-2.

-Hartmut Rosa, Accélération. Une critique sociale du temps, Paris, La Découverte, coll. « Sciences humaines et sociales », 2013, 486 p., 1re éd. 2010, traduit de l'allemand par Didier Renault, ISBN : 978-2-7071-7709-4.

-Hartmut Rosa, Résonance. Une sociologie de la relation au monde, Paris, La Découverte, coll. « Théorie critique », 2018, 536 p., traduit de l'allemand par Sacha Zilberfarb, avec la collaboration de Sarah Raquillet, ISBN : 9782707193162.

-Marc-Antoine Pencolé, « Hartmut Rosa, Résonance. Une sociologie de la relation au monde », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, 2018, mis en ligne le 12 décembre 2018, consulté le 28 octobre 2019. URL : http://journals.openedition.org.inshs.bib.cnrs.fr/lectures/29658

-Elodie Wahl, « Hartmut Rosa, Accélération. Une critique sociale du temps », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, 2010, mis en ligne le 16 avril 2010, consulté le 28 octobre 2019. URL : http://journals.openedition.org.inshs.bib.cnrs.fr/lectures/990

-Sébastien Broca, « Hartmut Rosa, Aliénation et accélération. Vers une théorie critique de la modernité tardive », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, 2012, mis en ligne le 21 mai 2012, consulté le 28 octobre 2019. URL : http://journals.openedition.org.inshs.bib.cnrs.fr/lectures/8447

 

Lettre rédigée par Joëlle ROCHETTE-GUGLIELMI le 30 octobre 2019

joellerochette@aol.com

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