Contexte scientifique
PILE est né dans un contexte scientifique où deux sensibilités de recherche se développent et le plus souvent sont séparés par un fossé de culture : les psychanalystes et les neurocognitivistes. PILE fait le pari que seule une alliance entre ces deux types de chercheur promettent des résultats de recherche réellement utilisables en pédopsychiatrie.
Les mathématiciens qui travaillent dans le cadre de PILE obtiennent des résultats sous forme d'images ou de résultats statistiques qui s'inscrivent parfaitement dans notre culture des médias : l'information est sous forme d'image, facilement manipulable, comparable et les statistiques garantissent la fiabilité et l'organisation de la connaissance. Ces résultats sont du même type que ceux obtenues par les neurocognitivistes.
Un psychanalyste qui fait de la recherche reste avant tout un clinicien. Ses objectifs sont à tout moment mus, recentrés et corrigés par ses expériences cliniques qui l'habitent bien au-delà de sa conscience. Dans le cadre de PILE, les expériences de thérapies d'enfants qui ont des troubles graves du langage sont le premier moteur des chercheurs qui œuvrent pour améliorer la compréhension de la manière dont la parole advient.
Le psychanalyste ne peut se déprendre d'une approche globale du fonctionnement du bébé ou de l'enfant. Seul l'approche de l'ensemble du fonctionnement de l'individu n'a du sens pour lui au détriment d'une maîtrise et d'un contrôle de la connaissance. Il revient donc aux psychanalystes de composer avec les connaissances scientifiques partielles pour penser globalement le fonctionnement du bébé ou de l'enfant
Le discernement du psychanalyste en recherche est basé sur l'éprouvé d'une idée, une pensée asséchée d'affects au nom d'une preuve scientifique est pour lui moins significative. La créativité du psychanalyste inspiré par sa sensibilité est proche d'une expérience esthétique comme en art.
PILE est entre l'expérience esthétique et l'expérience scientifique. En s'appuyant sur des résultats d'analyse du comportement du bébé : mouvements et vocalises du bébé, PILE construit une pensée globale du vécu du bébé dans la relation avec ses parents tentant de comprendre la mise en place de la parole. Ainsi PILE maintient deux niveaux de pensée : Une approche partielle où l'attention est portée sur un élément ou sur un thème (la vocalise, le regard, les mouvements), la pensée est analytique et crée une tendance au contrôle, elle est aussi réductrice mais permet de faire évoluer un axe. Puis dans un second temps, l’ensemble est remodelé par une approche globale. Dans cette attitude, il n'y a plus de maîtrise mais par contre cette perception globale peut offrir l'occasion de découvrir quelque chose de nouveau en soi. Ces deux modes de contact à la réalité du bébé ne font pas appel aux mêmes procédés psychiques. La pensée analytique, contrôlée, est construite sur la force de la représentation (image et statistique) qui lui donne sa pertinence par contre une approche globale met en mouvement des processus psychiques antérieurs à toute pensée. Grâce à ceux-là, il faut tenter de ne pas tout organiser en sens mais laisser une manifestation du hasard. En recherche, le moins courant est de permettre la deuxième situation, l’expérience esthétique ou approche globale. PILE veut maintenir ce partage d'expériences esthétiques et scientifiques.
La recherche ne peut trouver de nouvelles voies que si elle maintient des liens singuliers avec l'investigation menée. Au contraire aujourd'hui, il paraît qu'une connaissance gagne sa crédibilité scientifique si elle n'est pas singulière mais au contraire douée d'une qualité de reproductibilité et de catégorisation. Des images du cerveau pour un contexte donné peuvent effectivement renseigner sur un fonctionnement mais ensuite comment l'intégrer dans un événement qu'est le fonctionnement d'un individu dans la relation. A vouloir trop rendre universelle au nom de la preuve scientifique, l'usage de l'objet scientifique devient inutile car l'investissement singulier n'est plus possible. Dans le domaine du bébé et de l'enfant, est-ce que le chercheur peut s'affranchir d'une approche singulière ? Est-ce que paradoxalement, une connaissance globale de l'individu ne passe pas par une approche singulière sensible qui vient rencontrer l'activité symbolique collective ?
Les deux articles du Professeur Bernard Golse, sont choisis expressément parce qu'ils ne traitent pas directement des troubles du langage mais ils reflètent d'autant mieux avec beaucoup de pertinence le contexte scientifique.
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