Covid-19 Communiqué 8 avril

L’urgence sanitaire et le temps du bébé face au Covid-19.

L’urgence sanitaire et le temps du bébé face au Covid-19.

Nous sommes « installés » dans une période de confinement. Les parents comme les professionnels essaient de s’adapter pour répondre aux impératifs de Santé Publique toujours plus que nécessaires. Il faut concilier ce que les bébés et les parents sont légitimement en droit d’attendre, le droit et la protection des professionnels pour assurer leurs fonctions, avec les mesures nécessaires qui s’imposent à tous. Nous avons déjà exprimé dans un communiqué le 31 mars nos inquiétudes, nous voudrions dans cette note préciser l’acuité des problèmes qui se posent en périnatalité et dans la petite enfance.

1) L’attente d’un bébé et les risques de transmission. Actuellement les risques de transmission virale à la naissance pour le bébé semblent très exceptionnels. Malgré toutes les précautions prises, nous savons que ces situations tendent à majorer les inquiétudes, qui sont par ailleurs tout à fait légitimes, autour du bébé et de sa vie. Notre communauté doit s’adapter pour éviter la transmission virale et rester à l’écoute des parents.

2) La communication avec le nouveau-né, le bébé et le très jeune enfant. Le bébé communique avec nous selon un mode essentiellement sensoriel et émotionnel qui implique un contact physique, tactile et un portage qui conditionnent ses échanges et son développement. Plusieurs mesures réduisent ces contacts physiques, les limitent, voire l’interdisent (voir les problèmes dans les services de néonatologie, les maternités, les pouponnières, les assistantes maternelles ou les crèches). Cette distanciation physique  peut ne pas être sans conséquence sur les possibilités du bébé de construire, maintenir ou développer ses contacts psychiques. Son entourage, professionnel et parental, doit considérablement réfléchir pour s’ajuster à ces nouvelles situations et lui garantir la continuité de ses repères et un environnement de qualité.

3) La continuité des prises en charge à assurer avec les parents et leurs bébés. La plupart des services intervenant dans les situations vulnérables (PMI, Unités périnatales ambulatoires, Hôpitaux de jour, Unités mère-bébé, services sociaux…) ont dû être fermés ou proposent des dispositifs « dégradés » (mise en place de dispositifs téléphoniques ou de téléconsultations). Les familles apprécient ce maintien du lien, cependant parfois insuffisant pour certaines situations. Une réflexion et des actions au cas par cas doivent être envisagées.

4) L’accès aux soins pour de nouveaux parents et leurs bébés. Les souffrances en périnatalité, parfois très intenses, ne s’expriment pas toujours explicitement par une demande d’aide adressée aux professionnels. Ceci rend plus difficile l’accès au soin. Les parents doivent ainsi être particulièrement informés et soutenus quant aux questions qu’ils se posent pour trouver un ou des interlocuteurs, notamment par des liens renforcés entre les structures sanitaires et médico-sociales en direction du public.

5) Le quotidien des bébés. Les parents exerçant une profession prioritaire ou continuant leur activité peuvent confier leur bébé à des structures d’accueil ou à des assistantes maternelles. Ceci a été différemment prévu sur le territoire. Rappelons toute l’importance pour le bébé de la qualité de l’accueil et les mesures de protection auxquelles chacun a droit. Pour les parents confinés en télétravail, de nouveaux rythmes doivent être trouvés. Dans chaque cas, le parent doit s’organiser, adapter la place de son bébé au sein du couple ou de la famille. Nous savons que la très grande proximité des uns et des autres peut engendrer de la violence et ne protège pas forcément du sentiment d’isolement face au bébé, avec tous les risques que cela comporte. Cette période a cependant l’avantage de rendre au bébé son parent plus présent et d’assouplir les contraintes liées aux séparations.

Dans toutes ces situations les parents et l’ensemble des professionnels se trouvent devant la double nécessité de concilier la distanciation sociale et leur présence nécessaire auprès des bébés. Plus que jamais ils ont besoin de se parler et de trouver ensemble des solutions. « Un bébé n’attend pas », avons-nous l’habitude de dire, le soin ne peut être reporté à plus tard. Les équipes doivent se coordonner entre elles. Le recours à des personnes tierces, comme à une aide psychologique, peut être utile tant aux parents qu’aux professionnels. Notre communauté est en état d’alerte.

De multiples innovations ont vu le jour, mais les départements, les pouvoirs publics et les acteurs dans le domaine de la périnatalité et la petite enfance doivent maintenir plus que jamais le souci de répondre à ces problèmes. Le Covid-19 rend plus lisibles les priorités que nous devons assurer auprès des parents et de leur bébé, en tout temps.

Dr. Bérengère Beauquier-Maccotta (pédopsychiatre), Pr. Jacques Dayan (pédopsychiatre), Dr. Michel Dugnat (pédopsychiatre) Pr. Denis Mellier (psychologue clinicien), Emmanuel Reichman (psychologue clinicien), Dr. Lisa Ouss (pédopsychiatre), Joëlle Rochette (psychanalyste), Dr. Claire Squires (psychanalyste), Dr. Sylvie Viaux (pédopsychiatre), membres du bureau ou du CA de la Waimh-France