Un bébé pour soi ?

Assistances à la procréation, mutations familiales et transformations sociales

Aujourd’hui, un couple sur cinq consulte pour une infertilité et recourt à une assistance médicale à la procréation (AMP).

Cet usage de la médecine tient à différentes raisons, mais s’explique aussi par le retard des couples à concevoir, lorsque la fertilité devient moins favorable, ce qui impose des techniques sophistiquées. L’enfant, tant attendu, devient un impératif et l’infertilité est vécue comme une calamité, une injustice, une infirmité. Les incertitudes, qui entouraient autrefois la procréation, donnaient aux rencontres une part de hasard et d’indécidable que les techniques d’aujourd’hui tendent à gommer, au sens où l’ambivalence liée au désir d’enfant n’a plus sa place.

Or, le parcours de l’AMP est lourd à la fois physiquement et psychologiquement de sorte que plus de la moitié des couples arrêtent au bout du troisième essai. La demande est donc très forte, le parcours médical semé d’embûches, la pression psychologique intense. De plus de nombreuses questions se posent :

  • Jusqu’à quel âge peut-on procréer ?
  • Faut-il autoriser les dons de gamètes à tous ceux qui en font la demande ?
  • Quels sont les questions éthiques face aux groupes de pression ?
  • Y-a-t-il un droit à l’enfant ?

Les nouvelles techniques de procréation bouleversent les repères de la filiation traditionnelle mais n’en a-t-il pas toujours été ainsi ? Les sociétés n’ont-elles pas inventé des façons d’avoir des enfants qui correspondaient à la façon dont elles se représentaient les liens de filiation ?

Aujourd’hui, on ferait un enfant non pour la société, pour la perpétuation de l’existence collective, mais pour soi et pour lui-même, et certains se demandent ce qu’il en résultera pour l’enfant d’être désiré et de naître « enfant du désir ».

L’enfant lui se reconnaît dans le récit de ses parents et de sa famille, récit en partie validé par la société. Comment les couples peuvent-ils dépasser le biologique et trouver leur place comme parents lorsque la technique médicale est au centre du dispositif et que l’enfant n’est pas issu du corps à corps de la rencontre amoureuse, comment se représenter la part de «nature » dans la procréation? Et quelle est la part de « culture » lorsque la filiation est surtout sociale, affective et relationnelle ? Si la biologie semble donner une possibilité technique pour permettre à l’enfant d’exister lorsque le couple ne peut enfanter, c’est le sens de cette procréation qui importe, la signification que les parents lui donnent, en partie à leur insu aussi, afin que la filiation puisse exister.