Des liens qui toujours plus rendent humain

« Lien » est un mot qui, heureusement, relie celles et ceux qui travaillent au plus proche de l’humain, quel que soit son âge. Comme le rappelle le nom que des collègues ont donné à une collection de livres, les liens « libèrent », ils désaliènent en nous replongeant dans le bain du langage, de l’échange et du contact. Et il est vrai que nous subissons les effets du démaillage que certaines tendances de la vie contemporaine exacerbent, tant dans les structures sociales et économiques, que dans nos vies et dans leur richesse culturelle et psychique. Face à ce démaillage, il y a des présences, des accueils, des gestes et des engagements qui honorent les personnes qui tentent d’en faire preuve au quotidien, même dans des conditions de travail les plus humbles, précaires ou mises sous pression par des logiques autres que de soin, ou tout simplement de souci d’autrui.

Mais les liens ne sont pas un « supplément de sociabilité », comme on parlerait ailleurs d’un supplément d’âme. Une telle chaleur, affective autant que sociale, ne vient pas se surajouter sur ce qui ferait la singularité d’un individu et lui suffirait à vivre. Plus archaïquement, là où se décide le climat d’une vie, sans liens qui l’accueillent nul bébé n’adviendra à sa pleine existence. Tout ce qui se construit de son aptitude à échanger avec le monde, avec autrui, naît dans un environnement « qui est corps et groupe » comme dit René Kaës. Autant dire donc que les liens avec le monde sont autant des liens de corps que d’esprit, de sens que d’intellect, de présence que de mémoire et que de projection dans l’avenir.

En un sens, c’est tout cela qui court au travers des pages que nous portons à votre attention aujourd’hui, pages nouvelles, ou déjà connues et qui peu à peu migrent vers leur nouvelle domiciliation.

16 mai 2018

Maternité, parentalité et déficience visuelle

Depuis 2005, la législation sur la situation des personnes en situation de handicap a  beaucoup évolué, cependant l’association des termes handicap et parentalité renvoie dans la grande majorité des cas au fait d’être parent d’un enfant handicapé.  Or, près de 10% des personnes en âge de procréer sont en situation de handicap et l’impact des déficiences sur la parentalité est peu ou pas pris en compte dans les politiques publiques de compensation du handicap afin de leur garantir une égalité de traitement avec le reste de la population en matière de choix familiaux et de parentalité. 

Les personnes en situation de handicap sont elles-mêmes prises dans un courant de grandes transformations dans leur projet de vie et l’accès à la parentalité de façon autonome ne se pose plus comme un droit à l’enfant mais un droit à exercer sa parentalité  au même titre que tout un chacun.

C’est sur la base d’une expérience de trente années de guidance auprès de familles déficientes visuelles que nous analyserons les spécificités de cette situation particulière. Les registres de la relation mère-bébé sont multiples mais il existe très peu de publications lorsque la dimension du regard manque. Comment le parent en situation de handicap visuel adapte-t-il son handicap aux soins à donner à l’enfant, comment l’enfant de son côté s’adapte-t-il aux handicaps de ses parents ?

Ce colloque interdisciplinaire se propose de dresser un état des lieux mais aussi de confronter chercheurs en sciences humaines et les acteurs de terrain sur les  pratiques innovantes et adaptées qui ont pu se mettre en place en France et en Europe à ce sujet.