Des liens qui toujours plus rendent humain

« Lien » est un mot qui, heureusement, relie celles et ceux qui travaillent au plus proche de l’humain, quel que soit son âge. Comme le rappelle le nom que des collègues ont donné à une collection de livres, les liens « libèrent », ils désaliènent en nous replongeant dans le bain du langage, de l’échange et du contact. Et il est vrai que nous subissons les effets du démaillage que certaines tendances de la vie contemporaine exacerbent, tant dans les structures sociales et économiques, que dans nos vies et dans leur richesse culturelle et psychique. Face à ce démaillage, il y a des présences, des accueils, des gestes et des engagements qui honorent les personnes qui tentent d’en faire preuve au quotidien, même dans des conditions de travail les plus humbles, précaires ou mises sous pression par des logiques autres que de soin, ou tout simplement de souci d’autrui.

Mais les liens ne sont pas un « supplément de sociabilité », comme on parlerait ailleurs d’un supplément d’âme. Une telle chaleur, affective autant que sociale, ne vient pas se surajouter sur ce qui ferait la singularité d’un individu et lui suffirait à vivre. Plus archaïquement, là où se décide le climat d’une vie, sans liens qui l’accueillent nul bébé n’adviendra à sa pleine existence. Tout ce qui se construit de son aptitude à échanger avec le monde, avec autrui, naît dans un environnement « qui est corps et groupe » comme dit René Kaës. Autant dire donc que les liens avec le monde sont autant des liens de corps que d’esprit, de sens que d’intellect, de présence que de mémoire et que de projection dans l’avenir.

En un sens, c’est tout cela qui court au travers des pages que nous portons à votre attention aujourd’hui, pages nouvelles, ou déjà connues et qui peu à peu migrent vers leur nouvelle domiciliation.

16 mars 2018

Du corporel au culturel

Le département de psychiatrie de l’adolescent et de l’adulte jeune de l’Institut Mutualiste Montsouris poursuit depuis 2012 un cycle de colloques intitulé LES CHEMINS DE LA SUBJECTIVATION.

Son ambition : le cheminement toujours, non pas seulement une théorie ou un savoir-faire au risque de la sclérose mais, surtout, un processus, une dynamique, les questions cliniques que l’on se pose et partagera pour ne cesser de mettre au travail l’ajustement de l’outil du soin… chemin faisant.
Un 1er colloque a eu lieu en 2012 sur La spécificité des médiations corporelles à l’adolescence, un 2nd sur Le travail avec les familles en 2015, le 3ème engage Du corporel au culturel.
Le temps de l’adolescence est marqué par l’irruption de nombreux processus de transformations corporelles, psychiques et relationnelles. C’est un moment à la fois désorganisateur et créateur de nouvelles modalités de liens qui modifiant la distance affective, la dépendance et les attachements, redistribue les rapports entre appartenance et différenciation. Sur la base du changement pubertaire, ce sont ainsi les faces multiples du culturel qui se trouvent engagées autant que réengagées : ce qui nous lie et ce qui nous sépare, ce qui se subjectivise et ce qui s’objectivise, ce qui rencontre et soutient le plus créatif du sujet autant que ce qui pourra contenir au risque du malaise.

L’adolescent, comme tout le monde mais un peu plus encore, est Ulysse préoccupé de rester une personne au risque d’être personne. Il est donc question toujours, par delà les différents espaces d’un département de soin, d’une qualité d’accordage avec lui et sa famille qui va impliquer le soignant, l’ensemble de la culture institutionnelle et de l’ambiance émotionnelle dans lequel celui-ci œuvre. C’est, comme à notre habitude, sur cette relation passant par la médiation, ce que nous définissons comme travail de mise en culture du sens de soi, que le Pr. Maurice CORCOS et l’équipe de pédopsychiatrie de l’I.M.M. souhaitent tout particulièrement poser la réflexion et l’échange.